17 janvier 2018

It (Ça)

Je n'aime pas trop les clowns et j'ai bien failli ne jamais lire ce roman de Stephen King à cause de celui qui orne la couverture de la plupart des éditions... (Rappelez-vous, le même phénomène s'était produit avec le magnifique Effroyables Jardins de Michel Quint!) Mais une discussion  dans un forum m'a fait comprendre que, beaucoup plus qu'une histoire de clown maléfique, c'est avant tout un roman sur l'amitié et sur le pouvoir de l'imagination enfantine. J'étais donc décidée à le lire éventuellement, mais je voulais d'abord terminer les sept tomes de La Tour sombre. Cela explique pourquoi je ne le lis que maintenant, alors qu'on pourrait croire que c'est à cause de la sortie du film cet automne...  D'ailleurs, j'ai peu entendu parler de ce dernier, il était bien ou pas?

J'ai beaucoup aimé la construction du récit.  On alterne entre les époques, entre les mêmes personnages enfants et adultes.  Le passé et le présent se répondent, s'éclairent, avec un rythme qui s'accélère jusqu'à la finale trépidante.  Les chapitres des enfants m'ont rappelé ma propre enfance. Même si la mienne s'est déroulée une quinzaine d'années plus tard, les choses avaient peu changé. On se promenait en vélo, on aimait construire une cabane dans le bois (ou l'hiver, un fort dans la neige!), un barrage sur un ruisseau, etc.

Mais heureusement, je n'ai pas connu l'ambiance de cette petite ville fictive du Maine, où le Mal existe comme partout ailleurs, mais avec juste une petite coche de plus, depuis toujours et avec des explosions de malheurs et de catastrophes qui reviennent périodiquement.  Cette ville où les méchants sont juste un peu plus méchants que la moyenne, où les gentils sont un peu trop passifs, tout cela est décrit de main de maître par King.

Alors oui, on a peur.  D'ailleurs j'ai fait tout un sursaut pendant que je lisais un passage où apparaissent des insectes, alors que j'ai cru en voir un du coin de l’œil sur le coussin du divan -- ce n'était qu'un reflet dans mes lunettes!  Mais on rit aussi beaucoup et on s'attendrit et on verse quelques larmes.  Car plus qu'une histoire de monstres, c'est bel et bien un roman sur l'amitié, la loyauté et le pouvoir de l'imagination.  J'ai vraiment bien fait de le lire, finalement.


It de Stephen King, 1986, 1052 p.  Titre de la traduction: Ça.

31 décembre 2017

Bye-Bye 2017!

Voici le traditionnel bilan de fin d'année du blogue J'ai lu...!

Point de vue quantité, c'est plus respectable que l'an dernier (un désolant 26!).  Je suis remontée à mon niveau habituel, qui se situe en général entre trente-cinq et quarante par année.  Les faits marquants: la fin de deux séries volumineuses, par ailleurs fort différentes l'une de l'autre: The Dark Tower de Stephen King et À la recherche du temps perdu de Marcel Proust.  J'ai en ai aussi continué quelques autres, La Diaspora des Desrosiers de Tremblay et Thursday Next de Jasper Fforde, et commencé deux trilogies, celles de Naguib Mahfouz et de Pagnol.

Voici la liste.  Comme d'habitude, je renonce à me taper tous les liens vers les billets, bien trop paresseuse la fille!  Vous avez tout ça dans l'index, en colonne de droite.

  1. Wolves of the Calla (The Dark Tower, tome 5) de Stephen King
  2. Conversations avec un enfant curieux de Michel Tremblay
  3. Pour l'amour de Finette de Remo Forlani
  4. Mrs Dalloway de Virginia Woolf
  5. Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan
  6. La Prisonnière (À la recherche du temps perdu, tome 5) de Marcel Proust
  7. Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson
  8. Train de nuit pour Lisbonne de Pascal Mercier
  9. Moby Dick de Herman Melville
  10. Impasse des deux palais de Naguib Mahfouz
  11. Limonov d'Emmanuel Carrère
  12. Song of Susannah (The Dark Tower, tome 6) de Stephen King
  13. L'Amant en culottes courtes d'Alain Fleischer
  14. La Supplication de Svetlana Alexievitch
  15. The Dark Tower (The Dark Tower, tome 7) de Stephen King
  16. Albertine disparue (À la recherche du temps perdu, tome 6) de Marcel Proust
  17. Les Chaussures italiennes de Henning Mankell
  18. A Thousand Splendid Suns de Khaled Hosseini
  19. Teacher Man de Frank McCourt
  20. Cochon d'Allemand de Knud Romer
  21. Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir
  22. Brideshead Revisited de Evelyn Waugh
  23. Chien blanc de Romain Gary
  24. Marie-Antoinette de Stefan Zweig
  25. The Book of Lost Things de John Connolly
  26. Marius de Marcel Pagnol
  27. L'Apothicaire de Henry Lœvenbruck
  28. Dernier inventaire avant liquidation de Frédéric Beigbeder
  29. The Falls de Joyce Carol Oates
  30. L'Arche de Socrate de Normand Baillargeon
  31. Le Temps retrouvé (À la recherche du temps perdu, tome 7) de Marcel Proust
  32. Maryse de Francine Noël
  33. Au hasard la chance (La Diaspora des Desrosiers, tome 6) de Michel Tremblay
  34. Le Salut de l'Irlande de Jacques Ferron
  35. The Well of Lost Plots (tome 3 de la série Thursday Next) de Jasper Fforde
  36. Thérèse Raquin d'Émile Zola
  37. A Walk in the Woods de Bill Bryson

Un seul abandon cette année, The Africans de David Lamb.  C'était en fait fort intéressant, mais il y avait beaucoup de statistiques obsolètes puisque ce récit de voyage/essai sur l'Afrique date des années 1980, ce dont je ne m'étais pas rendu compte quand je l'ai acheté (heureusement, seulement pour quelques dollars!).  Cela rendait la lecture trop frustrante!

Coups de coeur 2017:
On dirait que l'année a été marquée par la non-fiction (pardon pour l'anglicisme, je n'ai toujours pas trouvé d'équivalent français satisfaisant).  Roulement de tambour!
  1. Marie-Antoinette de Stefan Zweig (une biographie qui se lit comme un roman de Dumas!)
  2. La Supplication de Svetlana Alexievitch (des témoignages déchirants, mais surtout d'une grande humanité)
  3. Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson  (qui m'a donné le goût d'aller passer six mois dans une cabane dans les bois!  Bon, je ne choisirais peut-être pas la Sibérie, par contre...)

Prix Citron 2017:
Même si quelques livres m'ont un peu déçue, aucun ne se mérite ce titre peu envié.  Une bonne année, donc!

Prix de la Surprise de l'année:
Moby Dick (mon défi de lecture 2017), malgré de nombreuses digressions, a été d'une lecture beaucoup moins pénible que prévu, grâce à son humour inattendu, à ses personnages pittoresques et surtout à sa fin absolument palpitante!

Prix Éclat de rire:
Conversation avec un enfant curieux de Michel Tremblay.  Ces dialogues sont tout simplement craquants!

Quelques statistiques:
Littérature québécoise: 5
Traduit de l'allemand: 2
Traduit de l'arabe: 1
Traduit du russe: 1
Traduit d'une langue scandinave: 3
Lus en VO anglaise: 12
Sur la liseuse: 12

Résolutions livresques pour 2018:
Comme c'est maintenant la coutume par ici, je me lance un défi pour la prochaine année, une œuvre qui peut faire peur par son style, son sujet ou simplement son volume.  Il y eut successivement Proust (2014), Céline (2015) et Melville (2016).  J'ai choisi pour la suite un grand classique de la littérature mondiale, Don Quichotte de Cervantès.  Je prévois le lire en février (j'ai déjà enrôlé quelques membres du forum du Guide de la bonne lecture pour une lecture commune, si jamais il y a des intéressés...)  Pas d'autres résolutions; j'ai beau dire que je veux lire plus, je me laisse facilement distraire!  En ce qui a trait aux séries, je vais sûrement en continuer parmi celles en cours (un petit Pratchett, ça serait pas dégueu, tiens!) mais je préfère ne pas me fixer d'objectifs.


Je vous souhaite, à vous tous lecteurs occasionnels ou réguliers,  une merveilleuse année 2018 remplie de lectures marquantes, enrichissantes ou tout simplement divertissantes!  Merci de me lire, de commenter, de me faire découvrir vos lectures, de m'enrichir de vos expériences livresques!

27 décembre 2017

A Walk in the Woods (Promenons-nous dans les bois)

Après l'ambiance glauque de Zola, quelle bouffée d'air frais!

D'abord parce que tout l'action se déroule en plein air, mais aussi grâce à l'humour qui a rendu Bryson célèbre, du moins chez les nombreux amateurs de récits de voyage  (et pas seulement, comme en témoigne ce billet).  Dans ce bouquin-ci,  il nous raconte ses expéditions le long du sentier des Appalaches, qui s'étend sur toute la côte est des États-Unis, expéditions effectuées seul ou en compagnie d'un copain pour le moins... original, disons.  C'est vraiment très drôle.  Bryson manie à la perfection l'art de l'auto-dérision, mais il sait également observer ses congénères américains sans aucune complaisance.  Des passages plus scientifiques (géologie, histoire, écologie, faune, flore) alternent avec des réflexions sur les conforts de la vie moderne (ou leur absence), la solitude, l'amitié, les beautés de la nature...  Il y a bien quelques répétitions dans la deuxième moitié, mais c'est tout de même une très agréable façon de voyager sans quitter le confort du salon!


A Walk in the Woods de Bill Bryson, 1997, 258 p en version numérique. Titre de la traduction française: Promenons-nous dans les bois.

20 décembre 2017

Thérèse Raquin

Il y a une vingtaine d'années, j'ai lu toute la série des Rougon-Macquart, d'Émile Zola.  Et si j'ai adoré plusieurs des tomes, il faut bien avouer que la plupart sont un peu alourdis par des descriptions un peu longuettes!  Dans certains cas, ce ne sont même pas des descriptions, plutôt des nomenclatures! Je me souviens notamment que dans Le Ventre de Paris, il prend un malin plaisir à nommer tout les produits qu'on trouve sur les étals des Halles, ce grand marché  où se déroule le roman: tous les légumes, tous les fruits, toutes les charcuteries, tous les poissons, etc.  Dans un autre, qui se déroule à la campagne, il énumère toutes les fleurs sauvages et autres plantes qu'on peut apercevoir dans la région.

Pas de ça ici!  Le récit est dense, intense, la tension ne se relâche jamais.  On suit avec fascination l'évolution psychologique des personnages, dans une ambiance glauque à souhait, et on attend la fin, inéluctable.  Vraiment, un excellent Zola, que je recommande notamment à ceux qui voudraient découvrir ce grand écrivain mais qui craignent de s'embarquer dans un lecture plus longue.

(J'ai piqué ce bouquin dans la bibliothèque du chalet de ma mère l'été passé.  Oui, oui, maman, je te le rapporte!)


Thérèse Raquin d'Émile Zola, 1867, 253 p. incluant 56 p. de documentation.

14 décembre 2017

The Well of Lost Plots (Le Puits des histoires perdues)

 (Série Thursday Next, tome 3)


Peut-être pas le meilleur de la série...  L'intrigue est un peu décousue et on se perd parfois parmi les nombreux personnages.  Mais on s'amuse tout de même énormément à découvrir ce puits des histoires perdues, où s'est réfugiée Thursday Next pour échapper à ses ennemis.  Comme notre héroïne le découvre, c'est là que sont fabriqués les romans grâce à une mécanique complexe et au travail de milliers d'artisans et de figurants,  avant d'apparaître dans le monde réel sous la plume de leur auteur! Il y a d'excellentes trouvailles, comme toujours on nage en plein délire et on s'amuse à débusquer les nombreuses références littéraires (y compris aux autres œuvres de Fforde, incluant sa série Nursery Crimes!)

Il y a quelques mois j'avais commencé ce roman mais je m'étais arrêtée dès l'introduction car il semblait qu'il serait question de Brideshead Revisited et j'avais peur de me le faire divulgâcher puisqu'il était dans ma PAL.  J'ai donc attendu d'avoir lu ce roman d'Evelyn Waugh mais finalement ce n'aurait pas été nécessaire car le passage où il est mentionné est très court et ne révèle rien de l'intrigue.  Par contre, j'étais contente d'avoir déjà lu Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) d'Emily Brontë car il y est fait référence plusieurs fois (Heathcliff, Catherine Earnshaw et les autres en thérapie de groupe!) et les divulgâcheurs sont nombreux.  Avis aux intéressés!

J'ai le tome 4, Something Rotten (Sauvez Hamlet) dans ma PAL, mais il faudrait bien que je lise la pièce de Shakespeare avant...


The Well of Lost Plots (tome 3 de la série Thursday Next) de Jasper Fforde, 2004, 360 p.  Titre de la traduction française: Le Puits des histoires perdues.

30 novembre 2017

Le Salut de l'Irlande

Je ne sais trop comment classifier ce roman, c'est un peu un conte (surtout la fin, qui rappelle la chasse-galerie de notre folklore), un peu du réalisme magique (il y a un renard qui parle), c'est un roman politique et contestataire (publié en 1970, après tout) mais aussi un roman d'apprentissage...

D'un point de vue purement matériel, quelle drôle d'expérience de lire ce livre qui tombait en morceau à mesure que je tournais les pages!  Je ne félicite pas les Éditions du Jour pour la qualité de leur reliure; j'ai lu des bouquins bien plus anciens dont la reliure tenait le coup, même en livres de poche!  Il y avait aussi plusieurs coquilles et un passage où tous les verbes qui auraient dû être au passé simple étaient, bizarrement, au futur simple!  Je suppose que ces défauts ont été corrigés dans les éditions suivantes, avis aux intéressés!

Dans l'ensemble, j'ai quand même bien apprécié cette histoire, souvent fort drôle, même si j'avais parfois l'impression qu'il me manquait quelques références ou point de repère pour bien comprendre ce que Ferron voulait sous-entendre entre les lignes.  J'avais d'ailleurs eu la même impression lors de ma première rencontre avec cet écrivain, l'an dernier.

Et voilà qui clôt pour moi ce Québec en novembre!  Merci à Karine et Yueyin pour l'organisation!


Le Salut de l'Irlande de Jacques Ferron, 1970, 222 p.



http://moncoinlecture.com/2017/10/quebec-novembre-2017-billet-recap/

21 novembre 2017

Au hasard la chance

(La Diaspora des Desrosiers, tome 6)


(Fait cocasse, les bibliothécaires de la ville de Montréal ne semblent pas s'entendre sur la place de ce tome dans la série: selon les succursales, il est classé tome 5 ou 6 dans le catalogue. Dans mon exemplaire, acheté à la vente de liquidation de la bibliothèque, c'est pourtant clairement indiqué tome 6, comme sur le site de l'éditeur Leméac! Sauf que la bibliothécaire a raturé le 6 et ajouté un 5 au stylo; c'est beau d'avoir des convictions!)

On m'avait prévenu que ce tome n'était pas le meilleur de la série...  J'ai donc diminué mes attentes, ce qui m'a permis de bien apprécier cette lecture, en fin de compte!  Je me suis attachée à cette Ti-Lou, prostituée de luxe qui décide, sur un coup de tête, de prendre sa retraite pendant qu'elle est au sommet de sa gloire et de quitter Ottawa pour s'établir à Montréal.  L'originalité du roman: en quatre chapitres, Tremblay nous présente cinq destins possibles, heureux ou malheureux, selon les choix que Ti-Lou fera en descendant du train. Et ce n'est qu'en épilogue qu'on saura lequel s'est finalement concrétisé.  On visite notamment un grand hôtel du centre-ville, avec ses décors élégants mais pompeux et ses conventions de l'époque victorienne (une femme ne peut entrer seule au bar de l'hôtel!).

Et comme toujours, l'humour et les dialogues piquants sont au rendez-vous!


Au hasard la chance (La Diaspora des Desrosiers, tome 6) de Michel Tremblay, 2012, 158 p.

http://moncoinlecture.com/2017/10/quebec-novembre-2017-billet-recap/