11 mai 2016

Voyage au bout de la nuit

***Contient quelques divulgâcheurs***

En 2015, j'avais eu la main heureuse avec mon choix de résolution-lecture, (Du côté de chez Swann de Proust, un vrai délice!).  J'ai donc décidé de réitérer l'expérience cette année en sélectionnant une autre œuvre-qui-fait-peur à lire en 2016.  J'ai relevé le défi, je suis contente, mais ça n'a pas été aussi plaisant.  C'est le moins qu'on puisse dire.

Pas que ce bouquin soit mauvais, loin de là.  Céline a  une plume d'une grande force.  Certains passages sont d'une telle lucidité qu'ils sont comme des coups en plein cœur!  Par exemple lorsqu'il parle de la guerre ou encore du travail abrutissant en usine aux États-Unis.

C'est juste que c'est vraiment, vraiment, vraiment trop noir pour moi.  À quelques exceptions près, les humains sont tous détestables.  Et si on comprend que c'est la guerre, l'absurdité surtout de cette Première Guerre mondiale, qui a rendu le narrateur incapable de ressentir quelque émotion positive que ce soit, cela ne le rend pas plus facile à aimer.

Dans la première moitié du roman, j'ai aussi été un peu décontenancée par certains changements de ton.  De réaliste au début, il devient caricatural durant la traversée en bateau et à l’arrivée en Afrique, pour ensuite virer presque au loufoque lorsque le personnage se fait compteur de puces pour le ministère de l'Immigration américain! Heureusement cela s'uniformise par la suite.

J'ai bien failli abandonner plusieurs fois (notamment durant la scène, heureusement courte, où des badauds torturent un cochon pour le plaisir de l'entendre couiner!);  deux choses m'ont retenue: premièrement je voulais accomplir ma résolution annuelle, et surtout j'ai entraîné dans l'aventure trois copains du forum du Guide de la bonne lecture.  Ça aurait été un peu gênant de les lâcher en cours de route!

Voilà!  Dorénavant je pourrai saisir les nombreuses références qui sont faite à ce livre dans d'autres œuvres (et je comprends ce qu'a vécu Annie François lorsqu'elle a tenté au moins une dizaine de fois de le lire, sans succès!).  D'ailleurs ce passage me dit quelque chose: 
«-- Mais alors où irez-vous?
-- Si on vous le demande, vous répondrez que vous n'en savez rien!»
Dans quel film j'ai entendu ça?


Un extrait frappant sur la lâcheté en temps de guerre:
 «Était-il fou vraiment?  Quand le moment du monde à l'envers est venu et que c'est être fou que de demander pourquoi on vous assassine, il devient évident qu'on passe pour fou à peu de frais.»

Un autre sur la guerre:
«Les Aztèques éventraient couramment, qu'on raconte, dans leur temple du soleil, quatre-vingt mille croyants par semaine, les offrant ainsi au Dieu des nuages, afin qu'il leur envoie la pluie. C'est des choses qu'on a du mal à croire avant d'aller en guerre.  Mais quand on y est, tout s'explique, et les Aztèques et leur mépris du corps d'autrui, c'est le même que devait avoir pour mes humbles tripes notre général Céladon des Entrayes, plus haut nommé, devenu par l'effet des avancements une sorte de dieu précis, lui aussi, une sorte de petit soleil atrocement exigeant.»


Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, 1932, 505 p.

8 commentaires:

  1. Voui voui, tout pareil!! C'est un livre à lire mais très bizarre et très peu plaisant. La première fois que je l'ai ouvert, j'ai abandonné très vite...

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  2. Je ne me souvenais pas que tu l'avais lu l'an dernier, je viens d'aller lire ton billet!

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  3. Ouii j'ai vu, on est en direct là! :)

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    1. Héhé, d'un bord à l'autre de l'Atlantique, en simultané!

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  4. Je l'avais lu il y a plus de vingt ans et je l'avais beaucoup aimé. Bon, maintenant je n'ai plus beaucoup de souvenirs de ce roman.

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    1. Je crois que plus jeune je l'aurais encore moins aimé! :-D

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  5. J'ai essayé de le lire mais j'ai abandonné. Trop noir en effet.

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